Une ligne difficile à tracer

Un bon ami à moi aime raconter que je suis la seule personne qu'il connaisse à avoir jamais eu un moteur dans sa cuisine.

Qu'on se le dise : il exagère. Je reconnais que, pendant un an seulement, à cinq pieds de mon réfrigérateur, se trouvait une masse de 360 pouces cubes venue tout droit de Détroit, parce que la porte de ma remise se situe tout près de mon réfrigérateur.

Mais il y a une explication rationnelle à tout ça. Je n'ai pas de garage, donc la remise me sert en même temps d'atelier. Comparé à certains de mes amis, qui sont de véritables cas, je me trouve plutôt raisonnable; mon enthousiasme pétulant étant limité par mon manque de connaissances pratiques en mécanique.

Un de mes amis par exemple, cache dans son jardin une petite flotte de voitures européennes de collection - son raisonnement étant qu'il est pratique et économique de garder à portée de main un stock de pièces difficiles à trouver. Il se rend régulièrement aux États-Unis chercher des occasions trouvées sur eBay pour ajouter à sa collection.

Un autre a accumulé au fil des ans des jouets pour quasi n'importe quelle discipline motorisée : dragster, course sur glace, rallye, slalom... Grâce à ses fouilles dans les petites annonces et dans les parcs à ferraille, et à d'innombrables heures de travail, il a donné une seconde vie à plusieurs machines, qui aujourd'hui comptent soit un turbo en plus ou un nouveau moteur, sont chaussées de slicks ou de pneus cloutés, ou encore sont munies d'une cage ou d'un parechoc renforcé.

Une troisième connaissance à moi fait fuir les monstres sous son lit avec un compresseur volumétrique.

Avec tout ça, je trace difficilement la ligne entre « passion » et « fanatisme ». Vous ne me prendrez pas à dire qu'il est mal de soigner sa voiture aux petits oignons - après tout, il s'agit là de protéger un investissement de taille. Sans compter qu'une voiture bien entretenue fonctionne mieux, non?

Mais justement, à quel moment une responsabilité fière devient-elle une obsession maladive? Par exemple, vouloir un cache-soupape propre n'a rien d'anormal. Le nettoyer au lave-vaisselle dépasse un peu les bornes. (En passant, ça marche comme truc.)

À la base, quelques modifications pour améliorer la consommation d'essence, et donner un peu plus de puissance, n'ont rien d'extravagant. Je parle ici de remplacer la tubulure du filtre à air. Tant qu'on y est, pourquoi pas installer un échappement en acier inoxydable? Maintenant que le moteur inspire mieux, il doit pouvoir expirer. Et ainsi de suite.

Dès qu'on commence à améliorer les performances et le confort de son véhicule (après tout, on passe beaucoup de temps derrière le volant), il n'y a qu'un pas à faire avant de modifier l'allure de l'auto.

À partir de là, « sky is the limit ».

Un signe qui ne trompe pas c'est l'attention portée aux jantes. Aucun conducteur raisonnable ne remettra en question celles qui sont déjà montées. Un craqué du volant dévorera le catalogue du fabricant de jantes comme une future mariée attaque celui d'une boutique Tiffany.

Je remarque avec une certaine ironie que la même loi s'applique quand on choisit une bague de fiançailles que lorsqu'on cherche de nouvelles jantes : il faut s'attendre à sacrifier quelques mois de paye.

Dans cette optique, ça me semble logique que les jantes en alunimium au fini billette que j'ai achetées récemment ont hiberné dans mon salon.

La majorité de mes amis trouvent qu'elles y ont leur place.

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