Trop vieux pour conduire?

Vous savez ces conversations gênantes entre les parents et leurs enfants à l'adolescence? Eh bien, d'autres surviennent au moment où les parents atteignent un âge vénérable et deviennent un peu confus. Je parle bien sûr du retrait définitif du permis de conduire. En tant qu'adultes responsables, nous pensons à la sécurité de nos parents, alors que ces derniers se croient encore parfaitement capables de prendre la route et de revenir à la maison.

La question est délicate et se complique davantage lorsqu'on voit des reportages d'accidents causés par des conducteurs âgés. Pourtant, les études démontrent peu de taches à leur dossier de conduite collectif.

Personne âgé au volant

L'Association canadienne des personnes retraitées signale en effet que le taux de collisions chez les conducteurs de 55 ans et plus en Ontario est inférieur à celui de tous les autres groupes d'âge. Cependant, la fréquence d'accidents mortels augmente à partir de 70 ans et les survivants mettent plus de temps à se rétablir.

C'est connu : vieillir apporte des changements physiques qui peuvent rendre notre conduite moins sécuritaire. Nos yeux tolèrent moins les reflets, notre vision périphérique diminue tout comme notre perception de la profondeur, et nous courons davantage le risque de développer des troubles oculaires tels qu'un glaucome, une cataracte ou un syndrome maculaire. Notre temps de réaction s'affaiblit et nous manquons de plus en plus de souplesse, par exemple pour regarder par-dessus notre épaule lors des changements de voie.

Les automobilistes plus âgés conduisent moins la fin de semaine, mais ils sont plus nombreux sur la route en milieu de semaine. Ils vont habituellement à des rendez-vous ou encore au magasin, et ce, beaucoup plus souvent durant le jour que le soir (sans doute pour aider leurs yeux moins performants).

Selon de nombreux experts en sécurité automobile, ce n'est pas l'âge mais plutôt l'état de santé qui détermine notre capacité à conduire. Les personnes médicalement à risque, celles atteintes de maladies et d'autres qui prennent certains médicaments ont plus de chances de subir un accident. Un syndrome respiratoire, une arythmie cardiaque et un accident ischémique transitoire (aussi appelé mini AVC) sont des exemples de conditions problématiques. Les médicaments qui affectent le niveau d'alerte et d'éveil, comme les antihistaminiques, réduisent également nos aptitudes au volant.

Le risque d'accident le plus élevé provient des troubles cognitifs tels que la démence et la perte de mémoire. Certains individus présentant des signes de démence arrivent à conduire de manière sécuritaire mais, lorsque leur état dégénère, ils n'arrivent pas à se rendre compte qu'ils ne devraient plus prendre la route. Ceux qui les accompagnent en voiture sur une base régulière peuvent ne rien remarquer non plus, car tout arrive souvent de façon graduelle.

Dans bien des cas, il faut un accident ou une série d'accidents évités de justesse pour que la famille ou le médecin traitant prenne conscience du problème.

Personne ne peut empêcher l'apparition d'une maladie grave ou héréditaire, mais nous pouvons tous faire attention à notre santé afin de conserver l'acuité sensorielle, la souplesse et la force musculaire requises pour conduire. En plus de se tenir en forme, les automobilistes âgés peuvent rafraîchir leurs compétences en suivant des formations, notamment celles offertes par l'Association canadienne des automobilistes (CAA), l'Association canadienne des personnes retraitées et le Conseil canadien de la sécurité.

Personne âgé au volant

Pour discuter avec quelqu'un du retrait prochain de son permis de conduire, il faut du tact et de la compassion. Pour plusieurs, conduire est synonyme d'indépendance et d'autonomie. Vous pouvez alerter ces personnes en leur fournissant des exemples de situations où leur conduite vous a inquiété.

Si le débat se complique, sollicitez l'aide du médecin traitant. Celui-ci dispose de nombreux outils pour mesurer les capacités physiques et mentales d'un patient en vue de déterminer s'il peut et devrait prendre le volant. Dans presque toutes les provinces canadiennes, la loi ordonne aux médecins de signaler au ministère des Transports toute personne jugée inapte à conduire.

D'un autre côté, accrocher ses clés de voiture ne signifie pas rester à la maison. Certains organismes communautaires proposent des navettes aux personnes âgées. Il y a aussi le taxi et le transport en commun, deux solutions qui peuvent coûter beaucoup moins cher que l'automobile, essence et réparations incluses.

Les spécialistes de la sécurité invitent tous les conducteurs - pas seulement nos parents - à planifier notre retraite de la route, car on ne sait jamais quand ce jour arrivera. Remettre en question les compétences de conduite d'un proche peut s'avérer embarrassant mais, en faisant preuve de respect et d'empathie, vous préserverez sa dignité et assurerez sa sécurité. Après tout, il n'est jamais trop tôt ni inutile de réévaluer nos talents de conducteur.

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