Michèle Mouton: de la piste jusqu'à la FIA (1 de 2)

Les femmes occupant des métiers traditionnellement masculins dans le monde de l'automobile ne sont pas encore légion, encore moins il y a 40 ans, à fortiori dans la course automobile. Pourtant, la France des années 70 a assisté à la naissance d'une légende en la personne de Michèle Mouton.

Elle découvre cet univers à 22 ans, lorsqu'un ami lui suggère d'être sa copilote au rallye de Monte-Carlo; ayant eu la piqûre, elle remporte l'année suivante le Championnat de France féminin des rallyes. Pendant plus d'une décennie, elle cumule les succès lors de différentes épreuves, tant sur le Vieux-Continent qu'en Amérique. Elle est la seule femme à ce jour à avoir remporté une manche de rallye.

Maintenant directrice du Championnat du monde des rallyes (WRC) à la FIA, madame Mouton a eu l'amabilité de répondre à mes questions. Portrait d'une figure marquante dans le monde de l'automobile.

Michèle Mouton

Photo: FIA

Josée: Vous avez commencé votre carrière au Rallye de Monte Carlo en 1973, comme copilote de Jean Taibi, et ensuite à titre de pilote pour le Championnat de France féminin des rallyes en 1974 et 1975; combien de femmes couraient à l'époque dans les rallyes féminins?

Michèle: Effectivement, au début de ma carrière, il y avait des rallyes réservés exclusivement aux femmes. Mon premier rallye féminin fut le Paris-Saint-Raphaël, en 1974. De mémoire, il y avait entre 30 et 40 voitures, tant de France que d'ailleurs dans le monde.

Josée: Lorsque vous avez fait le saut pour le Championnat d'Europe des rallyes, quel accueil avez-vous reçu de la part des hommes à ce moment-là?

Michèle: Je n'ai jamais eu de problème à compétitionner avec les hommes. Je me rappelle clairement lorsque nous sommes allés en Espagne en 1977 pour une manche du Championnat d'Europe des rallyes et que personne n'avait entendu parler de nous auparavant; nous avons réussi à gagner le rallye, même si je n'avais aucune expérience sur des routes en gravier, ce qui a constitué une grosse surprise pour tout le monde. Et j'ai terminé en deuxième position du Championnat!

Josée: Hormis votre victoire à San Remo en 1981 (qui a fait de vous la seule et unique femme à avoir remporté une manche du rallye), nommez-moi un moment fort de votre carrière, ainsi qu'une anecdote un peu cocasse.

Michèle: Assurément, le point culminant de ma carrière a été en Côte d'Ivoire en 1982; compte tenu de notre résultat, le titre nous a échappés. Mais il faut dire que j'ai perdu mon père avant le départ.

Je pourrais aussi mentionner Pikes Peak en 1985. Les Américains n'ont pas aimé voir une femme conduire une voiture de rallye, et les battre par-dessus le marché! J'ai réussi à l'emporter, mais ce fut sans conteste une épreuve fort difficile. J'ai donné tout ce que j'avais, j'étais très motivée, tellement que j'ai failli rater un virage; c'est le plus près que je sois passée d'un accident.

Josée: Parlez-nous de la WRC. Je remarque que les femmes pilotes sont absentes, et que celles copilotes sont quasi-inexistantes; qu'est-ce qui les fait «fuir» si je puis m'exprimer ainsi? La situation est sensiblement la même dans toutes les disciplines de courses automobiles, et pourtant, nous ne sommes pas moins douées que les hommes pour piloter une voiture...

Michèle: C'est vrai qu'il y a peu de femmes dans ces disciplines et c'est l'une des raisons pour laquelle la FIA a créé la Commission Femmes dans le Sport Automobile. Notre mission est de promouvoir la participation des femmes dans toutes les sphères du sport automobile ainsi que de mettre en place des stratégies et des politiques qui favorisent l'éducation et la formation.

La Commission travaille aussi de concert avec d'autres commissions, sportives ou non, de la FIA, des fédérations nationales et d'autres grandes fédérations internationales sur des projets communs.

Finalement, nous jouons aussi un rôle actif lors de différents forums et conférences à l'échelle internationale, dédiés à la place des femmes dans le sport, et des progrès que nous pouvons faire dans ce domaine.

Demain, il sera question de ce que pense Michèle Mouton de la place des femmes dans le monde automobile. À suivre...