Marie Millon : « je vends des voitures aux entreprises »

Intrépide, Marie-la-battante! Difficile de s'affirmer dans un métier plutôt destiné aux hommes, aux mecs, aux durs... En France, les mentalités évoluent doucement. Marie vend des voitures haut de gamme, aux prises avec une gent masculine de choix : les propriétaires de grosses compagnies en région lyonnaise. Petits malheurs et grands bonheurs se conjuguent au quotidien pour elle

AutoVenus : Difficile d'être une femme dans ce monde masculin?

Marie : « En restant à ma place, professionnelle et travailleuse, ça se passe bien. Et si le premier abord est parfois abrupt pour moi, car il faut toujours prouver ses compétences techniques, j'ai une grande notion de l'accueil, je vais facilement vers l'inconnu. J'ai parfois des clients condescendants, genre : « vous y connaissez en turbo, ma p'tite dame? »

AutoVenus : Ce sont plutôt des qualités féminines, accueil et convivialité?

Marie : « Très féminines, et quand je parle de « faire ses preuves », c'est au sens littéral du terme! Comme si on allait me demander d'ouvrir un moteur... Mon travail consiste à proposer une flotte automobile à un chef d'entreprise, ainsi que des produits financiers, une assurance, une garantie, de l'entretien, et d'adapter à ses besoins un niveau d'équipements pour les modèles retenus. »

AutoVenus : Mais il faut quand même connaître les déclinaisons de gammes dans les marques que tu représentes, donc quelques données techniques?

Marie : « Ça s'apprend! J'ai la chance de travailler avec de beaux véhicules, ma gamme couvre un large échantillonnage européen : Je suggère les Toyota Yaris, à destination des commerciaux. Pour les directeurs, je propose l'achat de Land Rover, Toyota plus confortables; aux propriétaires, j'offre la possibilité de rouler dans des voitures d'exception : Lexus et Jaguar. C'est très amusant! Mes objectifs sont atteints, mois par mois, entre les 5 marques. »

AutoVenus : Comment es-tu parvenue là à 23 ans?

Marie : « Par hasard. Je devais poursuivre mes études en Inde, et enchaîner une licence. Pour gagner un peu d'argent, je vendais des téléviseurs dans un grand magasin parisien. Un client m'a laissé sa carte, un jour, en me disant : « Je vous veux dans mon équipe de vente de véhicules Renault »... J'ai foncé, ça m'a plu, après une petite formation, je me suis lancée dans la vente de voitures, alors que je n'y connaissais rien. J'ai passé quelques mois chez Renault, puis j'ai mis un pied dans le groupe SIVAM/Automotion pour Subaru ; enfin, on m'a proposé un poste génial au sein du même groupe, mais à Lyon. »

AutoVenus : Vente, finance, marketing, c'est très varié?

Marie : « Le travail de vendeur de voitures a évolué ; Il n'y a plus de baratin : Quand je rencontre un chef d'entreprise, j'ai accès à ses bilans comptables, pour ajuster mon offre : On aborde le monde de la finance. Puis je définis un bon niveau d'équipements pour ses utilisateurs, qu'ils soient vendeurs, ouvriers ou technico-commerciaux, ils n'ont pas les mêmes besoins. Tout ceci permet de varier l'offre, en mixant les genres : un peu de luxe, un peu d'utilitaire, et même de l'hybride avec la gamme Toyota. Voilà pour la partie commerciale. Mon métier est très riche de rapports humains, de rencontres et je suis autonome. J'invente un ou deux évènements pour les lancements de modèles ; là je touche au marketing. »

AutoVenus : C'est un boulot fou!

Marie : « L'envers de la médaille : je travaille parfois jusque 50 heures par semaine, et non pas 35 comme mes homologues français! Pour une rémunération, qui, ramenée au taux horaire, n'est pas exceptionnelle. En général, les salaires français sont indexés sur les ventes : on profite d'un salaire fixe minimum, puis d'une prime aux objectifs chaque mois, et enfin d'une commission sur les ventes à chaque livraison. Mais tout évoluera bientôt : J'ai l'opportunité de créer un pôle de compétences exclusivement dédié aux grands comptes. »

AutoVenus : Es-tu heureuse?

Marie : « J'ai confiance en moi et la chance d'avoir pour directeurs des personnes très humaines, qui me permettent de construire mon avenir. Je suis heureuse de travailler avec eux, ils m'ont placée à un poste « clé » ; en retour, je suis considérée et valorisée. Rare de constater que l'être humain a encore de la valeur dans une compagnie ! »

Marie aux cotés d'une Lexus RX450h

Photo: Anne-Chantal Pauwels