Les délires de la route

Je suis certaine que la majorité d'entre nous a déjà été obligée de passer beaucoup plus de temps derrière le volant qu'humainement raisonnable, pour une raison ou une autre.

Il n'y a pas si longtemps, j'ai moi-même entrepris un périple aller-retour dans le Grand Nord pour des raisons familiales.

Quelque part entre la 13e et la 18e heure de route, quand je ne captais plus aucun poste de radio et que ma cervelle macérait dans une dose massive de café Tim Hortons, les idées tordues ont commencé à défiler dans ma tête.

Les énormes bibittes qui s'écrasent sur le parebrise avec un tel fracas qu'on dirait qu'elles portent un casque... peuvent-elles briser la vitre?

Est-ce que 3M a déjà pensé à fabriquer de la colle à partir de la glu qui les cimentent si bien à mon auto?

Saviez-vous que les entrailles de lucioles éparpillées sur le parebrise continueront à briller comme des petits pâtés phosphorescents?

Est-ce une bonne idée de suivre les mastodontes routiers, question de s'en servir comme pare-chevreuils qui les disperseront en plus gros morceaux que les petites voitures?

Est-ce que la stratégie fonctionne aussi bien quand on quitte le royaume de Bambi pour celui des orignaux? Un orignal peut-il venir à bout d'une semi-remorque?

Si je tombe en panne dans le vaste territoire vierge du Nord, est-ce que les carcajous vont manger mes pneus?

Est-ce légal que deux Tim Hortons soient séparés par plus de deux heures de route? Ou deux stations-service?

Que font les pilotes à Le Mans quand ils ont envie? Cathéter et bouteille? Ou se laissent-ils simplement aller? Hmmm, je ne m'assoirai peut-être pas dans une vieille GT40, finalement...

Les pancartes, l'équivalent nordique des haïkus : Large vehicles need more room ou « Les gros véhicules ont besoin de plus de place » (très songée celle-là et certainement plus facile à figurer que le son d'un applaudissement à une seule main).

Et que dire de « Bercail de Roberta Bondar, astronaute ». (Quel est le point le plus éloigné où je dois me rendre pour cr***er le camp d'ici... la lune?)

Existe-t-il vraiment une frontière au-delà de laquelle on ne trouve rien de plus beau comme char qu'une IROC-Z?

Brûle-t-on plus d'essence quand on roule sur les hautes?

Y a-t-il une limite au café qu'on peut caler? Un rapport caféine-sang au-delà duquel nos facultés deviennent légalement affaiblies?

Les motels qui ont des chambres libres apparaissent comme des oasis (tiens, ça s'écrit pareil au singulier et au pluriel) dans le désert, mais prennent des airs inquiétants de Psychose à mesure qu'on s'en approche.

Peu importe, c'est un bon indice de t'arrêter sur l'accotement quand tu ressens un des symptômes suivants :

  • Tu as les yeux plus granuleux et injectés de sang qu'un étudiant « su l'party » depuis trois jours.
  • Le bourdonnement dans ta tête est rendu si fort que ton passager l'entend.
  • Tu chantes en duo sur ta toune préférée... mais la radio n'est pas allumée.
  • La ligne jaune ondule comme un gigantesque serpent, des fantômes et des goblins surgissent des ténèbres et se jettent sur ton parebrise.