Le temps de dire « au revoir! »

J'ai vécu pendant plusieurs années avec mon chat siamois que j'avais nommé Datsun après qu'il eut baptisé à sa façon les sièges de ma 200sx 1983. Je me suis débarrassée de la voiture il y a longtemps (impossible d'éliminer une odeur aussi prononcée), mais Datsun est demeuré à mes côtés jusqu'à l'âge vénérable de 20 ans.

En fin de vie, sa santé et sa mobilité laissaient beaucoup à désirer et, comme plusieurs personnes âgées, il a attrapé quelques maladies qui ont demandé des soins spéciaux. Ma famille et mes amis ont sans doute roulé les yeux en me voyant m'acharner pour qu'il vive le plus longtemps possible. Pour eux, il aurait été plus sage et plus tendre de mettre fin à ses souffrances une fois pour toutes.

Ses besoins étaient pourtant devenus plutôt simples : un peu de nourriture, beaucoup de sommeil et un coup de main pour grimper sur mes cuisses. Par contre, il ne voulait vraiment pas s'en passer. Puis, un beau jour, Datsun a décidé par lui-même de ne plus se réveiller.

Ceux parmi nous qui possèdent un véhicule peuvent aussi se montrer très attachés. Au bout du compte, cependant, on en revient toujours à : combien de temps va-t-il encore durer et combien ça va coûter?

Prenons ma vieille Mazda 323, qui a maintenant 21 ans. Je l'ai achetée il y a quelques années pour à peu près le même prix qu'un nouvel ensemble de pneus pour ma camionnette. Elle roule comme sur des roulettes et démarre par temps froid même après l'avoir abandonnée pendant des semaines. Toutefois, l'embrayage fait encore des siennes. C'est la deuxième fois que je le remplace.

Son âge et son état de décrépitude avancé me dissuadent d'investir encore quelques centaines de dollars pour fixer un problème qui revient sans cesse depuis que j'en suis propriétaire. Des ailes perforées à cause de la rouille et un essuie-glace arrière endommagé au point de ne plus faire contact avec la vitre ne me dérangent pas. Tout ce que je demande à ma bonne vieille voiture de tous les jours, c'est de la fiabilité.

Je m'en sers souvent pour faire la navette entre les différents constructeurs automobiles de la grande région de Toronto. Elle y reste le temps qu'il faut pour que je complète l'essai routier d'un nouveau véhicule. La plupart des journalistes automobiles que je connais font la même chose. C'est plutôt drôle de voir quelqu'un sortir d'une Mercedes-Benz Classe E flambant neuve pour se glisser dans une pauvre Toyota Corolla de 20 ans qui pète et rouspète.

En plus de jouer le taxi depuis quelques années, ma 323 me permet de m'amuser sur des parcours de cônes et, en repliant la banquette arrière, elle peut transporter mon vélo de montagne. Imaginez, elle a même participé à des rallyes! Je ne l'ai jamais conduite sur une piste de course, mais je suis persuadée qu'elle trouverait le moyen de tirer son épingle du jeu.

Or, malgré les beaux souvenirs, il vient un temps de dire « ça suffit! » et d'arrêter de gaspiller de l'argent. Tout n'est pas triste, cependant : je me réjouis en pensant que certaines pièces de ma 323 seront récupérées et serviront à quelqu'un d'autre. Je pourrais même me faire battre par un petit hatchback qui roule sur mes vieilles jantes ou exploite mon ancien moteur, qui sait?

À bien y penser, je pourrais aussi les installer dans mon prochain tacot!

Mazda 323 vue 3/4 avant

Photo: Lesley Wimbush