L’autoroute de la terreur

L'autre jour, alors que je circulais sur la fameuse autoroute des héros (autoroute 401 en Ontario), il m'est venu à l'esprit qu'il aurait probablement été plus approprié de la baptiser l' « autoroute de l'horreur ». Les gens conduisent de plus en plus comme des singes aveugles avec des pieds de plomb.

Je roulais dans la voie du centre à 120 km (alors que la limite est de 100 km/h), dépassant plusieurs véhicules qui se trouvaient dans la voie de droite (normal), et quelques autres dans la voie de gauche (tellement irritant). Pour chaque véhicule que je dépassais, deux me doublaient. Et dans la plupart des cas, ils étaient collés à mon parechoc arrière, puis changeaient soudainement de voie (la droite ou la gauche, indistinctement), me dépassaient en vrombissant avant de s'insérer de justesse devant moi. Certains, faut-il le dire, avec à peine un battement de clignotants.

J'avais le goût de pleurer. À quel moment avons-nous fait de ces magnifiques machines des armes de destruction massive? Quand avons-nous décidé de nous foutre carrément des autres? Quand avons-nous établi que leur sécurité n'était pas notre affaire, et que la nôtre n'avait pas plus d'importance?

vitesse sur l'autoroute

Pourquoi des gens bien se transforment-ils soudainement en parfaits imbéciles dès qu'ils prennent le volant?

Au supermarché, lorsqu'une personne n'avance pas assez vite à votre goût dans la file pour la caisse, vous ne passez pas devant elle dans la file d'attente?

Aux passages piétonniers, personne n'oserait envoyer un « T-U-U-U-U-T » bien senti aux oreilles de la personne qui n'avance pas aussitôt que la main clignotante passe à la silhouette de piéton.

À la fin d'un spectacle, avant d'arriver à l'inévitable et interminable bouchon devant la porte de sortie, nous n'oserions pas nous précipiter vers les côtés pour filer à toute vitesse vers la sortie et, faisant mine de ne pas remarquer les regards assassins qu'on nous jette, nous faufiler devant tout le monde pour sortir les premiers.

Lorsque quelqu'un passe un peu trop près de nous sur le trottoir, notre réflexe est-il de nous retourner pour lui pointer le majeur?

La plupart d'entre nous ne sont pas systématiquement grossiers avec les gens qui nous entourent. Nous ne mettons certainement pas la vie des autres en péril consciemment. Alors, pourquoi est-ce acceptable de le faire tandis que nous sommes dans nos voitures?

Une étude a démontré que les conducteurs de décapotables qui roulent le toit abaissé sont plus courtois que ceux dont la voiture dispose d'un toit rigide. Dans nos voitures, nous nous croyons anonymes - c'est pourquoi nous sommes convaincus que personne ne nous voit au moment où nous avons le doigt dans le nez.

Nous nous croyons à l'abri des représailles, comme ces persécuteurs qui s'en prennent aux plus petits, aux faibles et sans défense - si je vous crie une obscénité à la figure, je pourrais très bien en recevoir une en retour. Mais si je vous coupe avec ma Lexus, qu'allez-vous pouvoir y faire?

Nous sommes privés des modes de communication dont nous nous servons habituellement pour nous faire comprendre en public - un sourire, un haussement de sourcil, un « Excusez-moi » chuchoté, un signe de tête en signe de compréhension ou d'encouragement. Nous n'avons que nos klaxons et nos majeurs.

Quand nous regardons les autres voitures, nous voyons... d'autres voitures. Pas les gens qui les conduisent. Nous voyons des Honda, des Ford et des Kia. Pas Robert Tremblay, le professeur de cinquième année, celui qui porte parfois des bas de couleurs différentes et qui s'est si bien occupé de notre fille quand elle est tombée de la balançoire et qu'il lui fallait des points de suture.

Pire, nous sommes entourés de milliers de kilos d'acier, et même le plus lent d'entre nous peut faire 0 à 100 en 20 secondes - nous sommes enivrés de toute cette puissance.

Je soupçonne certaines personnes de développer un fort sentiment d'invincibilité au volant. À preuve : j'aurais beau être un pharmacien de 1,6 mètre mal nanti et marié à une mégère et vous, un professeur de tennis avec la gueule de Brad Pitt, quand je suis au volant de ma Cayenne S et vous, de votre Yaris et que le feu passe au vert, devinez qui sera le plus fort?

Malheureusement, je doute que nous réussissions à changer quoi que ce soit à cette situation dans un avenir proche. Nous sommes trop nombreux à avoir goûté aux insultes sur la route pour ne pas tirer profit à l'occasion du sentiment d'anonymat et de puissance parfois dangereuse qui nous habite quand nous sommes en voiture.

Que pouvons-nous faire alors ? Partir plus tôt - même si cela semble ridicule au premier abord. Ce genre de problème s'aggrave quand nous sommes pressés. Marcher ou prendre le vélo lorsque c'est possible. Ne jamais conduire si nous sommes en colère. Suivre des cours de conduite avancée.
Mieux encore, après l'hiver (ou le peu d'hiver) que bien des Canadiens ont connu, nous pourrions tous conduire une décapotable.

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